Davantage de matériaux recyclés pour le contact alimentaire

Une technologie aujourd’hui maîtrisée

Le recyclage de matériaux d’emballage pour des applications de contact alimentaire fait intervenir bon nombre de facteurs. Si la technologie commence à être au point, certains matériaux requièrent des contrôles accrus au point de vue sanitaire. À terme, le recyclage intensif entraîne par ailleurs un risque de saturation des débouchés actuels pour certains flux. Trouver de nouvelles applications dans le contact alimentaire est donc particulièrement intéressant pour développer des filières ‘du berceau au berceau’ pour les emballages collectés sélectivement.

La volonté des entreprises de recourir davantage aux emballages recyclés pour le contact alimentaire comporte également un volet économique. Avec l’augmentation du coût des matières premières, utiliser des matériaux recyclés peut engendrer une économie. Quant au cadre législatif, il varie encore d’un pays à l’autre. Une harmonisation est cependant à l’ordre du jour. L’Union européenne vient ainsi de publier un règlement sur l’utilisation de plastique recyclé dans des applications en contact avec les aliments. Ce dossier fait le point sur les différents types d’emballages recyclés à des fins de contact alimentaire et évalue le potentiel, les défis et les opportunités propres à chaque matériau.


Harmoniser les législations 

Pour développer structurellement le recyclage à des fins de contact alimentaire, il faut une législation claire et une harmonisation au niveau de l’Union européenne. Tous les pays n’acceptent pas aujourd’hui l’utilisation de matériaux recyclés dans les emballages alimentaires. Cette absence d’harmonisation représente une entrave à la libre circulation des biens.

L’Union européenne vient cependant de publier un règlement concernant les plastiques recyclés utilisés en contact alimentaire. Ce règlement vise non seulement à harmoniser les législations nationales, mais aussi à garantir la santé publique ; un domaine dans lequel le secteur du papier-carton a déjà pris les devants en définissant un code de bonnes pratiques pour l’emballage des produits alimentaires. L’objectif de ce code est d’éviter les migrations et changements organoleptiques (transferts de gaz, changements de goût, etc.), ainsi que la contamination des produits emballés.

Bon à retenir

  • Le contact alimentaire s’affirme comme un débouché intéressant pour divers matériaux d’emballages recyclés.
  • Pour des raisons sanitaires et/ou techniques, la réutilisation du papiercarton et du plastique dans des emballages destinés à un contact direct avec des produits alimentaires présente des défis plus importants que celle du verre et du métal.
  • Les législations et codes de bonne conduite qui voient le jour au niveau européen favorisent le développement de nouveaux marchés de recyclage.

 

Les récipients en verre recyclés à plus de 50 %

Des différents matériaux d’emballage, le verre est celui qui possède la plus longue tradition en matière de recyclage pour le contact alimentaire. Depuis des décennies, les corps creux en verre sont presque entièrement recyclés en nouveaux emballages. En Europe, la part de verre recyclé dans les récipients en verre est en moyenne de 50 %. Ce chiffre peut atteindre 90 % pour le verre coloré. Il est inférieur dans le cas du verre incolore, qui présente un plus grand risque de teinte colorée en cas de recyclage. Le recyclage du verre a été perfectionné au fil des ans par les verriers et ne pose pas de problème sanitaire. Il implique toujours une étape de fusion à température élevée, qui élimine tout risque de contamination bactérienne. De plus, si un polluant est présent dans du verre recyclé, il demeure encapsulé et ne se propage pas au contenu de l’emballage. Le recyclage du verre fonctionne aujourd’hui de manière efficace, avec un bon équilibre entre l’offre et la demande. Les initiatives législatives au niveau européen dans le cadre du contact alimentaire ne devraient pas influencer ce marché.

Un potentiel intéressant pour les emballages en métal

Au niveau européen, les emballages en métal aussi sont recyclés à plus de 50 % en moyenne. Les applications pour les emballages métalliques recyclés sont multiples: construction, secteur automobile, etc. Ces applications existent pour le contact alimentaire aussi, mais représentent une part relativement faible par rapport aux autres débouchés possibles. Comme pour le verre, le recyclage des métaux d’emballage passe par une étape de fusion à température élevée. Cette fusion rend les emballages en métal mieux adaptés au contact alimentaire que le carton recyclé, par exemple, dont le recyclage ne peut se faire qu’à moyenne ou basse température.

 

Avec l’augmentation du coût des matières premières, la fabrication d’emballages à partir de matières recyclées représente souvent une alternative intéressante.

 

Choisir le bon emballage en papier-carton suivant l’aliment

Le recyclage des vieux papiers fait, depuis toujours, partie intégrante de l’activité papetière. Ces dernières années, de plus en plus de systèmes de collecte sont mis sur pied en Europe. Les débouchés pour le papier et le carton sont importants: le papier journal et les emballages en sont les principaux. En moyenne, les emballages contiennent plus de 70 % de fibres recyclées. Les producteurs d’emballages en carton utilisent de cette manière de grandes quantités de vieux papiers-cartons. Il n’est donc pas, a priori, nécessaire de trouver davantage de débouchés dans le contact alimentaire, d’autant plus que le recyclage du papier et du carton peut présenter des limites pour ces applications.

Leur utilisation dans le contact alimentaire dépend ainsi du type d’aliment. “Les papiers et cartons recyclés peuvent être utilisés dans les emballages pour aliments secs et pour produits alimentaires non pelés, mais, pour les produits gras ou humides, il y a des limitations”, explique Ilse Vervloet, Conseillère en Environnement à la Fédération des industries transformatrices de papier et carton (FETRA). “Les fruits, légumes, pâtes et riz sont des applications idéales pour des emballages recyclés. Les boissons, le beurre et le chocolat, quant à eux, ne conviennent pas. Par contre, pour les emballages qui ne sont pas destinés au contact direct avec les produits alimentaires, des matières recyclées peuvent être utilisées sans limitation.”

“A chaque cycle de recyclage, les fibres se raccourcissent. La présence de fibres vierges demeure donc essentielle en plus des fibres recyclées. Il est également possible d’utiliser une couche de carton recyclé entre deux couches de carton vierge.”

Concevoir l'emballage en vue de son recyclage

L’approche des fabricants de cartons à boissons consiste à concevoir des emballages en carton à partir de matériau renouvelable plutôt qu’en matière recyclée. “Les cartons à boissons contiennent en moyenne 75 % de fibres de bois vierges, naturellement renouvelables. Les fibres doivent être de qualité et solides pour que l’emballage puisse remplir sa fonction. Des études de faisabilité ont montré que le recyclage de fibres provenant d’emballages en carton à boissons dans de nouveaux emballages en carton pour boissons ne se justifiait pas d’un point de vue environnemental et économique”, explique Magda Buelens, Directrice de Recarton. “Les cartons à boissons sont de plus en plus recyclés dans d’autres types d’emballages en papier ou carton. En Belgique, 76,2 % des cartons à boissons sont recyclés. Citons les sacs, les boîtes pliantes, les boîtes en carton ondulé ainsi que de nombreux autres produits et emballages en papier et carton.”

 

“Pour avoir la même résistance qu’un emballage fait à partir de matériaux vierges, les emballages carton en matière recyclée doivent être plus lourds. Deux règles de base de la prévention sont ici contradictoires : accroître l’utilisation des matières recyclées ou diminuer la quantité d’emballage. Il s’agit donc de trouver le bon équilibre entre fibres recyclées d’une part et légèreté et robustesse d’autre part.”

 

PET : créer de nouvelles filières de recyclage

Le PET est encore peu recyclé dans les emballages en contact alimentaire. La grande majorité du PET recyclé est aujourd’hui utilisée dans l’industrie textile et pour des applications spécifiques en plastique. La quantité de PET collectée en Europe excède toutefois les besoins dans ces applications. Il est donc important de trouver d’autres filières. C’est l’objectif de l’association ABC (Alliance for plastic Beverage Containers sustainability), qui regroupe les entreprises Coca-Cola, Danone Waters, Nestlé Waters, Orangina et Spadel. ABC a été créée en 2007 pour promouvoir la collecte de PET recyclé et son usage dans les emballages de boissons. 

“La quantité de PET recyclée dans les années à venir devrait fortement augmenter”, note Philippe Diercxsens, Président d’ABC. “Aujourd’hui, 34,6 % des bouteilles en PET produites sont collectées en Europe. Dans dix ans, grâce aux efforts de tous les acteurs du recyclage, ce chiffre devrait dépasser les 60 %. La Belgique atteint actuellement plus de 68%. L’industrie souhaite donc développer l’utilisation de PET recyclé dans les bouteilles. Certains recycleurs sont déjà capables de fournir du PET recyclé présentant un taux de pureté équivalent ou supérieur à celui du PET vierge. Le ‘bottle-to-bottle’ est donc techniquement faisable.”

L’industrie de la boisson a développé la première application de recyclage bouteille vers bouteille au début des années ‘90. Certaines contraintes techniques compliquent sa mise en oeuvre, même si plusieurs marques de boisson proposent aujourd’hui des bouteilles en PET partiellement recyclées. Toutefois, le nombre de recycleurs disposant d’une technologie agréée est encore limité. Quant aux entreprises, elles sont généralement favorables à l’utilisation de PET recyclé pour le contact alimentaire. Cela diminue les émissions de CO2 et améliore leur image.

ABC collabore de près avec les autres associations européennes couvrant la filière du recyclage. Un des travaux réalisés conjointement par ces associations est le ‘Design for recycling’, un code de bonnes pratiques sur la fabrication et la mise sur le marché de bouteilles en PET.

Pour en savoir plus :

  • Code for good manufacturing practices for flexible and fibre-based packaging for food, a Flexible Packaging Europe initiative realised in close co-operation with CITPA, November 2007, www.citpa-europe.org. 
  • Packaging and Packaging Waste Directive 94/62/EC. Directive révisée 2004/12/CE, Commission européenne.
  • Règlement (CE) nº 282/2008 de la Commission du 27 mars 2008 relatif aux matériaux et aux objets en matière plastique recyclée destinés à entrer en contact avec des denrées alimentaires et modifiant le règlement (CE) nº 2023/2006. Information sur www.preventpack.be.
  • Alliance for Plastic Beverage Containers sustainability, ABC@eimservices.be.
  • ‘Cradle to cradle’, Michael Braungart & William McDonough, 2002.

Des bouteilles en plastique protégeant toujours mieux contre les gaz et les rayons UV

 

Concilier protection accrue et recyclage

Le PET est, depuis des années, l’emballage le plus courant pour l’eau et les boissons gazeuses. De plus en plus, l’industrie utilise également des bouteilles en plastique pour la bière, les jus de fruits, les boissons énergisantes et les boissons alcoolisées aromatisées. Pour chaque type de produit, la bouteille doit satisfaire à des exigences qualitatives spécifiques. Un exercice parfois difficile, d’autant plus que le secteur vise une recyclabilité maximale.

En principe, tous les plastiques laissent passer le gaz. La plupart d’entre eux laissent en outre passer un certain spectre de lumière. Dès lors, les boissons contenues dans des bouteilles en plastique ne se conservent pas indéfiniment. La teneur en CO2 des boissons gazeuses diminue graduellement. L’oxydation résultant de l’infiltration d’oxygène peut entraîner des pertes de vitamines, des changements de couleur, ainsi qu’une dégradation du goût et de l’odeur. La lumière visible et les rayons UV génèrent également des changements de couleur, de goût et d’odeur. La paroi de la bouteille laisse en outre passer graduellement de la vapeur d’eau, avec pour conséquence que le volume net descend sous la quantité indiquée. Ces influences ont un impact plus ou moins important selon le type de produit. Ainsi, le goût du lait est très sensible aux UV et à la lumière visible. Les boissons gazeuses et la bière sont sujettes aux pertes de CO2. La bière et les jus de fruits s’oxydent avec l’O2 présent dans l’air. Ces sensibilités diverses requièrent une conception de bouteille adaptée à chaque produit : bouteilles opaques pour le lait et bouteilles couleur ambre pour la bière, par exemple.

Adapter la conception des bouteilles

Afin de limiter l’influence des gaz, le fabricant de bouteilles peut, dans un premier temps, adapter la conception des bouteilles et des bouchons. Souvent, le bouchon est déjà optimisé de façon à laisser passer le moins possible de CO2 et d’O2.

La surface de contact entre le produit et la bouteille doit être la plus petite possible. Les formes plus créatives constituent donc souvent un inconvénient, tout comme les petites bouteilles, car elles ont une plus grande surface relative. Pourtant, le marché évolue vers des emballages plus petits pour les boissons. En 1990, le contenu d’une bouteille en plastique était en moyenne de 1,5 litre. En 2005, ce chiffre était de 0,8 litre. L’emballage même doit donc encore s’améliorer. Pour des raisons de prévention quantitative, la paroi des bouteilles est rendue de plus en plus fine. Ainsi, le poids d’une bouteille pouvant contenir 1,5 litre d’eau minérale est passé en 15 ans de 42 grammes à environ 30 grammes. Malheureusement les parois plus fines offrent une protection moindre. Des mesures supplémentaires sont donc également requises ici.

Bon à retenir

  • Les techniques pour renforcer les barrières contre les gaz et les rayons UV se font plus nombreuses. Toutefois, elles compliquent souvent le recyclage en fin de vie.
  • Les bouteilles en plastique sont utilisées de plus en plus fréquemment pour la bière, les jus de fruits, les boissons énergisantes et les boissons alcoolisées aromatisées. Chacune de ces boissons requiert une conception de bouteille adaptée afin d’être conservée dans les meilleures conditions
  • Les fabricants produisent de plus en plus de bouteilles en plastique à plusieurs couches ou avec une seule couche de polymères assemblés.

 

De nouvelles techniques pour renforcer les barrières

La recherche se poursuit pour renforcer les barrières contre le CO2 et l’O2. Des barrières passives et actives doivent protéger mieux encore le produit :

• Les barrières passives limitent la perméabilité de la paroi des bouteilles. Cette paroi peut comporter trois ou cinq couches, généralement une combinaison PET/EVOH ou PET/MXD-6. Il existe également une offre croissante de bouteilles composées d’une seule couche de polymères assemblés. Parfois, une couche de plasma est ajoutée sur la paroi intérieure. Le secteur évalue aussi l’utilisation de couches extérieures et l’ajout de nanocomposés (particules anorganiques minuscules).

• Les barrières actives sont des ajouts aux parois qui réagissent chimiquement avec l’O2. Ce processus est connu sous le nom de ‘oxygen scavenging’. Il retarde de plusieurs mois l’influence de l’O2, avec pour résultat une plus longue durée de conservation.

Concevoir en vue du recyclage

Les barrières ne sont pas toutes conciliables avec le recyclage. C’est pourquoi ce point est aujourd’hui au centre des attentions. Ainsi, la stratégie du secteur est, de plus en plus, de faire concevoir les emballages en vue de leur recyclage. Les concepteurs de bouteilles sont incités à tenir compte de leur recyclabilité en fin de vie. Les aspects suivants requièrent une attention particulière :

  • Utiliser des plastiques recyclables et compatibles entre eux
  • Faciliter la séparation des différents matériaux d’emballage lors du recyclage.
  • Maximiser le recours à des matériaux recyclés et stimuler les investissements dans des appareils adaptés au traitement des matériaux recyclés.
  • Documenter l’utilisation des matériaux sans équivoque.

Quatre organisations faisant autorité dans la promotion du recyclage du PET (ABC, EPRO, EUPR et PETCORE) évaluent en permanence les différentes techniques de fabrication des bouteilles en plastique. La prochaine édition du Preventpack vous présentera un nouvel outil pour estimer la recyclabilité de vos emballages dans le système belge et abordera tous les aspects de l’emballage à prendre en compte pour éviter de nuire à son bon recyclage. Vous pouvez dès à présent poser toutes vos questions concernant la recyclabilité de vos emballages à prevention@fostplus.be ou plarebel@essenscia.be

Pour en savoir plus :