Le secteur des détergents lave durablement en alliant environnement et économie

En moins de dix ans, sous l’impulsion des fabricants, la dose requise pour un lavage en machine a diminué de près de 50 %. Cette évolution a permis de considérablement réduire les volumes d’emballages nécessaires. En plus de bénéficier à l’environnement, la concentration des produits lessiviels génère des économies pour les consommateurs. Le comportement de ces derniers reste toutefois un paramètre clé pour rendre le lavage plus durable encore.


Toujours moins de poudre

Les poudres à lessiver connaissent depuis près de dix ans une forte concentration de leurs principes actifs. La dose de produit par lavage est ainsi passée de 150 g en 1998 à 85 g en 2009. La tendance s’est généralisée de telle sorte que tous les produits lessiviels en poudre mis sur le marché aujourd’hui sont beaucoup plus concentrés. Les produits considérés comme ‘superconcentrés’ en 2000 constituent à présent la norme. Les produits liquides entament dès à présent une évolution similaire.

Cette évolution engendre des économies d’emballage et de transport, et réduit l’impact sur l’environnement (voir aussi la fiche ‘Rôle de l’emballage’, ainsi que les divers témoignages).

10.000 transports routiers et 5.000 tonnes d’emballages en moins en 2009

Le 1er janvier 2009, l’industrie lançait le Laundry Sustainability Programme 2 (LSP 2) visant une avancée supplémentaire dans la concentration des poudres à lessiver. Afin de diminuer encore leur impact environnemental, les entreprises participantes s’engagent à réduire le volume et le poids des poudres de 10 à 15 % sans perte d’efficacité. Le LSP 2 devrait ainsi permettre une économie de 200.000 tonnes de poudre, 5.000 tonnes d’emballages et 10.000 transports routiers en 2009.

Le secteur prévoit par ailleurs un programme similaire de concentration des liquides pour la mi-2009. Celui-ci comporte notamment la mise au point de produits de base permettant une dose de maximum 75 ml par lavage. 

 

 

Bon à retenir 

  • La concentration des produits lessiviels a permis de réduire la dose de lavage de près de 50 % en moins de dix ans, avec un impact comparable sur les emballages, les transports, ainsi que sur les matières premières mises en jeu.
  • Afin d’assurer un lavage durable, il est important que le consommateur suive scrupuleusement les conseils de lavage repris sur l’emballage
  • Cette évolution a été stimulée par diverses initiatives émanant du secteur. La dernière en date est le Laundry Sustainability Programme 2 (LSP 2), qui devrait permettre une économie de 5.000 tonnes d’emballages. 

 

Eviter le surdosage... et le sous-dosage

Si les efforts déployés par les fabricants en faveur de l’environnement sont payants, il n’en reste pas moins que leur impact dépend fortement du comportement du consommateur. Trois paramètres déterminent le résultat: la quantité de produit lessiviel utilisée, la température de lavage et le remplissage du tambour.

Une étude réalisée par InSites Consulting en 2008 révèle qu’en général les consommateurs connaissent bien la dose recommandée. En Europe occidentale, le consommateur a même tendance à sousdoser. Or, du linge mal lavé est souvent relavé, entraînant dès lors un impact plus grand sur l’environnement. Par ailleurs, un lavage sur deux se fait avec un tambour mal rempli et un lavage sur cinq est effectué à une température de 60°C ou plus.

L’emballage comme vecteur d’information pour optimiser la consommation

La bonne information du grand public est donc essentielle. L’emballage joue un rôle clé à cet égard. Outre les mentions légales relatives à la composition du produit, les étiquettes sur l’emballage doivent guider le consommateur dans sa bonne utilisation du produit. Cette information est d’autant plus importante lorsque, suite à la concentration d’un produit, le nombre de doses augmente sans que la taille de l’emballage diminue. Dans ce cas, le risque de surdosage par le consommateur est en effet plus grand. C’est pourquoi, dans le contexte du programme LSP 2, le secteur prévoit d’apposer sur l’emballage une série de visuels adaptés à l’utilisation de produits concentrés. Cette initiative devrait notamment générer des économies d’eau considérables. Ainsi, si tous les consommateurs européens remplissaient leurs machines de façon optimale, 700 millions de litres d’eau pourraient être économisés chaque jour.

Par ailleurs, il importe également d’informer correctement le consommateur en matière de prix. La collaboration avec les autres acteurs de la chaîne, et surtout les distributeurs, est pour cela essentielle. C’est pourquoi certains distributeurs mentionnent dès à présent aussi le prix par dose (voir témoignage Colruyt).

Des codes de bonnes pratiques déterminants

En 1996, l’industrie européenne de la détergence (AISE) lançait une campagne visant à réduire l’empreinte écologique des produits lessiviels. Le code de bonnes pratiques élaboré dans ce contexte fut adopté par 90 % des entreprises du secteur. Il s’accompagnait d’objectifs chiffrés, parmi lesquels: réduire de 10 % l’utilisation de produits détergents par habitant, limiter les ingrédients faiblement biodégradables et réduire de 10 % la quantité d’emballages.

Ces objectifs ont été atteints en 2004 et ont conduit à la création de la Charte pour le nettoyage durable. Cette charte consiste en un ensemble de procédures de durabilité mises en œuvre au niveau de la gestion des entreprises. Grâce à cette charte, le secteur a notamment réduit ses émissions de CO2 de 80,9 à 66,9 kg par tonne de production, soit une diminution de plus de 9 %.

Pour en savoir plus

  • DETIC – association belgo-luxembourgeoise des producteurs et distributeurs de savons, cosmétiques, détergents, produits d’entretien, d’hygiène et de toilette, colle, produits et matériel connexes: www.detic.be
  • AISE, Laundry Detergent Study, InSites Consulting, December 2008 : www.insites.eu

La concentration d’un produit réduit son emballage… et son transport

Une analyse du cycle de vie mesure l’impact réel d’un produit concentré

Les produits concentrés, comme certains sirops et poudres à lessiver, permettent au consommateur de ‘faire autant avec moins’. Ils diminuent la fréquence d’achat, ainsi que le volume d’emballages et le transport. Toutefois, la concentration n’est pas nécessairement sans ‘risque’ pour l’environnement. Le consommateur pourrait en effet être tenté de surdoser le produit. Par ailleurs, la concentration requiert un processus de production et un emballage spécifiques qui pourraient se révéler plus néfastes pour l’environnement. Qu’en est-il alors de l’impact réel d’un produit concentré? La réponse nécessite une analyse du cycle de vie.

Moins d’impact sur l’environnement…

Concentrer un produit présente des avantages à plusieurs niveaux. Si le consommateur utilise dix fois moins de poudre pour laver la même quantité de linge, le volume de transport est également diminué par dix. De même, la concentration permet de réduire d’un facteur dix la quantité d’emballage. L’impact environnemental du transport et de l’emballage est ainsi fortement réduit.

… mais attention aux effets indirects

Ces gains tant écologiques qu’économiques ne doivent toutefois pas être contrecarrés par un processus de production plus néfaste pour l’environnement. Ainsi, si le processus de concentration d’un produit est opéré par évaporation d’eau, un apport énergétique supplémentaire est requis. Ceci accroît alors non seulement la consommation d’énergie, mais aussi les rejets de CO2. Il convient également de s’assurer que le consommateur adapte réellement son dosage lorsqu’il emploie un produit concentré. Un surdosage de poudre à lessiver concentrée augmenterait en effet l’impact environnemental du produit résultant des rejets dans l’eau. C’est pour cette raison que de plus en plus de marques proposent aujourd’hui des capsules de dosage dont le rôle est de guider le comportement du consommateur.

Opter pour un emballage optimal

Concentrer un produit implique également de choisir un emballage approprié. Outre le volume et le poids de l’emballage, le matériau utilisé peut également varier. Dans ce contexte, la production et le traitement de fin de vie de chaque système d’emballage ont des impacts environnementaux différents.

 

Bon à retenir

  • Les produits concentrés diminuent généralement l’impact environnemental engendré par l’emballage et le transport.
  • Les adaptations apportées au processus de production et le surdosage par les consommateurs sont toutefois susceptibles de limiter le bénéfice engendré par la concentration.
  • L’analyse du cycle de vie permet d’étudier l’ensemble des conséquences d’un produit concentré sur l’environnement.

 

De la matière première au déchet

Afin d’évaluer l’impact réel d’un produit concentré sur l’ensemble de la chaîne, de plus en plus de sociétés recourent à l’analyse du cycle de vie ou life cycle assessment. L’analyse du cycle de vie étudie l’ensemble des conséquences environnementales d’un produit et de son emballage - de l’extraction des matières premières à la gestion des déchets, en passant par les processus de production, de distribution et de consommation. La réalisation d’une analyse de cycle de vie comporte deux volets. Le premier identifie les étapes du cycle de vie du produit. Le second dresse un bilan détaillé pour chacune de ces étapes: bilan de consommation d’énergie et de matières premières, rejets de CO2, de NOx et de phosphates, …

L’intérêt d’une analyse du cycle de vie réside dans son approche multicritère

Une analyse multicritère

L’intérêt principal d’une analyse de cycle de vie est qu’il s’agit d’une analyse multicritère prenant en compte plusieurs aspects : consommation d’eau, eutrophisation des cours d’eau, consommation d’énergie et de CO2 , … De par son caractère global, l’approche permet aussi de prendre en compte les transferts de pollution. Ainsi, l’analyse de cycle de vie évalue si l’amélioration de la performance à une étape n’engendre pas de détériorations à d’autres étapes. Les résultats d’une analyse du cycle de vie sont exprimés sous la forme d’indicateurs qui quantifient les émissions ou les ressources. La contribution à l’effet de serre est par exemple exprimée en termes de ‘grammes équivalent CO2’. D’autres indicateurs sont le nombre de litres d’eau ou la quantité de mégajoules d’énergie consommés.

Produits concentrés - quelques recommandations :

  • Prendre en compte l’impact éventuel d’un nouvel emballage lors de l’adaptation du processus de production
  • Vérifier si les gains obtenus à un certain stade du cycle de vie n’engendrent pas de pertes plus importantes à d’autres stades
  • Veiller aux équilibres matériau d’emballage/produit et matériau d’emballage/gestion en fin de vie
  • Bien informer le consommateur sur la bonne utilisation du produit concentré

 

Pour en savoir plus:

RDC Environment, bureau d’analyses du cycle de vie et de bilans carbone de produits : www.rdcenvironment.be